Les psys bientôt remboursés?

Le remboursement des psychologues libéraux, hérésie ou avancée sociale ? 

Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2016, article 40 :

Il prévoit une expérimentation consistant à rembourser les séances de psychologues des jeunes, âgés de 6 à 21 ans souffrant d’affections légères. L’objectif : améliorer la prise en charge. Il concerne 3 territoires : île de France, Pays de loir et Grand Est.

Si vous désirez voir les discussions de l’assemblée concernant ce projet (article 40) :

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.4366191_581253e28199d.3eme-seance–projet-de-loi-de-financement-de-la-securite-sociale-pour-2017-suite-27-octobre-2016

C’est une nouvelle qui fait du bruit. On aurait pu croire qu’elle réjouirait la majorité des professionnels de santé, mais c’était sans compter sur les guerres de pouvoir qu’ils se livrent…

En effet en septembre dernier l’Assemblée adoptait un texte visant à expérimenter les effets des prises en charge faites par les psychologues en libérale. Pour cela il est alors question de proposer le remboursement de la prise en charge sur un panel de jeunes de 6 à 21 ans, souffrant uniquement d’affections légères et de courte durée.

C’est donc avec bonheur que les psychologues se sont réveillés ce matin-là, découvrant que leur pratique libérale depuis de nombreuses années était donc moins valable que leurs confrères pourtant épinglés du même diplôme, mais travaillant en hôpital ou en CMP. Une bonne blague lorsqu’on sait que de nombreux psychologues exercent à la fois en cabinet libéral et en institution publique. L’argent public utilisé pour payer leur salaire serait donc plus légitime que l’argent public utilisé à rembourser leur prise en charge libérale… soit !

Allons plus loin, le texte prévoit donc le remboursement des prises en charge, oui. Mais pas n’importe qu’elle prise en charge, il faut que la souffrance psychique soit légère et de courte durée… que craignons-nous là ? Que les psychologues libéraux, qui reçoivent des patients par milliers depuis de nombreuses années, se révèlent tout à coup une bande de charlatans incapables ?

Mais les psys sont de bonnes pattes, ils acceptent d’être insultés si c’est pour une bonne cause. Et pour avoir vu défiler des enfants en grande souffrance dont les parents n’avaient pas les moyens d’entamer une prise en charge en libérale, sachant que les CMP ont parfois jusqu’à 1 an d’attente, il est clair que j’approuve des deux mains et des deux pieds toutes propositions me permettant d’aider les populations les plus démunies tout en me permettant de payer mon propre loyer !

Ce qui est incroyable c’est que pourtant ce projet est resté longtemps inconnu jusqu’à ce que nous voyons fleurir ici est là des articles nous apprenant que non contents de valoir moins que nos confrères institutionnels nous n’étions tout simplement pas compétents pour détecter la souffrance psychique, car ne possédant seulement qu’un bac +5 !

Ô rage ô désespoir.. Voilà que les psychiatres craignent qu’on leur retire leur gagne-pain et n’hésite pas à cracher sur les psychologues qui nous dit-on seraient incapable de diagnostiquer la souffrance psychique. On se permet même d’en appeler à la sécurité des pauvres patients qui seraient livrés sans merci à cette armée d’incapables à peine diplômé (seulement 5 ans voyons !) et non professionnel de santé qui plus est !

Il est vrai que depuis de nombreuses années les psychologues se battent pour garder leur autonomie et ne pas tomber sous le joug de la prescription médicale qui laisserait au médecin seul la compétence de déceler la souffrance psychique.

Cette liberté se fait donc au prix d’un statut déchu, d’une place bâtarde, mais qui au moins nous laisse le champ libre pour ne pas devenir les subordonnées des médecins avec lesquels pourtant nous travaillons en collaboration de longue date.

Parce que oui, contrairement à ce que nous laisse entendre Libération, les psychologues et les médecins, psychiatre ou non, collaborent depuis longtemps et reconnaissent leurs compétences mutuelles et complémentaires.

Si vous jetez un œil sur la vidéo du sénat vous y découvrirait madame la Ministre Mariesol Touraine (ministre affaire sociale et de la santé) soutenir qu’un médecin scolaire est mieux placé qu’un psychologue, pourtant spécialisé dans la souffrance psychique, pour diagnostiquer de la souffrance psychique.

On y voit également Mr Denis Robiliard, tenter, en vain malheureusement, de défendre cette compétence qui est pourtant le fruit d’un parcours universitaire complet et reconnu et dont le titre est protégé et réglementé. Notamment par 500 h de stage lors de la formation, et une sélection ardue. Mr Robiliard fait également référence à une étude, qu’il a menée sur la psychiatrie (rapport sur l’avenir et les dysfonctionnements de la psychiatrie : http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i1662.asp) des plus intéressante dont il ressort que les psychiatres eux-mêmes ce sentent démunis face à la pose de diagnostique dont ils semblent pourtant aujourd’hui ce revendiquer seul capable.

Espérons pour le bien de tous que cette expérimentation parviendra à son but, qui est explicitement donné dans la vidéo, à savoir désengorger les CMP et hôpitaux psychiatriques, mais aussi qui sait, d’aider un peu ceux qui n’ont pas les moyens de se payer le bonheur et la santé.